
Le 16 février 2026, dans le cadre du projet Hypercodex, la professeure Judith Poirier a animé un atelier de composition et d’impression typographique à l’École de design de l’UQAM.
L’activité a réuni 13 étudiant·es inuit et trois consultant·es en éducation du Nunavik Sivunitsavut. Offert au Collège John Abbott, ce programme d’études postsecondaires, unique au Québec, est consacré à l’histoire, à la culture, à la langue et à la gouvernance inuites selon une perspective inuit.



Une exploration visuelle de la langue inuktitute
Invité·es à choisir des mots porteurs d’une signification personnelle, culturelle ou symbolique, les participant·es ont exploré collectivement leur forme visuelle — en modifiant les lettres, en ajoutant des éléments graphiques ou en jouant avec la prononciation et la couleur — afin d’en traduire le sens par l’impression typographique.
Pour ce faire, le groupe a travaillé avec le système modulaire Latitude, une police hybride développée par Judith Poirier, qui permet de composer à la fois les caractères de l’alphabet romain et ceux du syllabaire inuktitut. Il s’agissait d’assembler des pièces de bois afin de former lettres, mots et éléments graphiques en vue de leur impression sur presse typographique, dans le cadre d’un projet qui explore la langue dans ses dimensions visuelle et sonore.
Partages et apprentissages
L’objectif de l’activité était double : offrir une initiation à la composition et à l’impression typographique et, en retour, faire bénéficier le projet de l’apport de locuteur·ices de l’inuktitut issu·es de la culture inuite. À la fin de l’atelier de trois heures, chacune des équipes avait ainsi en main un mot à imprimer, proposant pour celui-ci une interprétation visuelle créative.
Afin de familiariser les participant·es avec la presse typographique, l’assistante de recherche Cécile Tousignant a, en fin d’atelier, offert une démonstration d’impression avec certains des mots créés par les étudiant·es. Le processus en a fasciné plusieurs, et chacun·e a pu y contribuer en commentant les tests et en participant aux corrections et ajustements des caractères sur la presse.



Au début de l’atelier, les étudiant·es ont également reçu la visite du professeur en études littéraires Daniel Chartier, directeur du Laboratoire international de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, qui leur a offert des publications en inuktitut réalisées dans le cadre des travaux du laboratoire ces dernières années.
Riche sur le plan interculturel, l’activité a suscité des échanges stimulants autour de la langue et de la culture inuites, ainsi que de la typographie et des techniques d’impression. Bien que les étudiant·es présentent des profils et des centres d’intérêt variés — certain·es ayant déjà une pratique artistique —, tous·tes se sont engagé·es dans le processus de création, cherchant à révéler le sens des mots et le potentiel expressif de leur langue.
À la suite de l’activité, Cécile Tousignant et Judith Poirier ont poursuivi l’impression des cinq affiches nées de l’atelier. Celles-ci proposent une exploration des neuf mots suivants :
- ᐅᑲᓕᖅ — Ukaliq — lièvre arctique — Courtney Papigatuk-Bentley
- ᐃᖃᓗᑯᑖᖅ — Iqalukutaaq — long poisson — Christina Lock, Thomas Thomassie
- ᓄᓇᕕᒃ — Nunavik — Elisapie Angnatuk, Sarah Anne Marie Nassak, Selenarose Annanack
- ᐱᑦᓯᒃ — pitsik — poisson séché — Sammy Amittu, Kalya Pomerleau, Mary-Jane Qinuajuak
- ᓯᓂᒃ — sinik — sommeil — James Joseph Thomassie, Tiivi Tulaugak, Jeremiah Putulik, Matiusie Tomassie
- ᓯᑯ — siku — glace — Julien Dufresne
- Qarjuk — flèche — Richard Tookalook
- ᐅᕐᖁᒥᐅᑦ — Uqqumiut — lieu d’origine de sa famille avant son installation à Kangirsujuak dans les années 1960 — Pasha Arngaq
- ᐅᓗᒃ — uluk — couteau de femme
Une fois l’impression de l’ensemble des affiches réalisée, une rencontre a eu lieu le 13 avril à la Nunavik Sivunitsavut, afin de remettre les œuvres aux étudiant·es de l’école et d’effectuer un retour sur l’expérience. Chaque participant·e a ainsi reçu une enveloppe contenant les cinq affiches créées collectivement.


