The Public : palimpsestes collectifs et design activiste

Retour sur une conférence et un atelier organisés en novembre dernier

Le 24 novembre dernier, Hypercodex et l’AGRAF accueillaient à l’UQAM le studio torontois The Public pour une conférence et un atelier convivial consacrés aux liens entre design, activisme et pratiques de soin collectif. Ce double événement, qui s’est tenu à la salle Pierre Bourgault à l’UQAM, proposait un espace de réflexion autour d’une question centrale : comment résister aux logiques extractives du capitalisme à travers la pratique du design, tout en cultivant des formes de création capables de soutenir le bien-être individuel et collectif ?

Fondé par Erin McPhee, Nat Saavedra et Sheila Sampath, The Public développe depuis plusieurs années une pratique de design communautaire entre activisme et développement social. À travers des récits personnels, des études de cas et une discussion ouverte, les membres du studio sont revenu·es sur l’évolution de leur agence coopérative et ont répondu aux questions autour des enjeux qui traversent les pratiques de design engagées : entre survie et pérennité, urgence et lenteur, professionnalisation et accessibilité, expertise et partage du pouvoir créatif.

La conférence a également permis d’aborder des questions plus larges liées aux formes de résilience collectives et à la possibilité de construire des pratiques relationnelles capables de remettre en cause les systèmes transactionnels et extractifs dominants, en insistant sur les dimensions affectives, communautaires et politiques du design.

L’événement s’est poursuivi par un atelier de co-création RISO réalisé en collaboration avec Hypercodex. 

Des discussions en petits groupes on permis d’orienter des exercices guidés vers certaines thématiques plus précises du design écosocial et des expérimentations imprimées en mode cadavre exquis en superposition de couleurs. Les participant·es étaient invité·es à nommer et cartographier les tensions propres aux pratiques de design anticapitalistes, dont
– transaction et soin
– urgence et attention
– expertise et refus du gatekeeping
– jeu et contraintes réelles
– engagement et épuisement militant

Les impressions RISO produites pendant l’atelier ont servi autant d’outils de discussion que de traces matérielles d’une réflexion collective en cours, sans pression de résultat final, en expérimentant avec d’autres manières de faire ensemble et d’explorer des formes d’imagination politique.

Par son recours à l’expérimentation imprimée, à la sérialité des interventions graphiques et à la production de multiples variations visuelles issues d’un même cadre d’échange, l’atelier résonnait directement avec les axes de recherche d’Hypercodex que sont l’aléatoire programmé, la mouvance perpétuelle et l’hybridité. Les participant·es étaient invité·es à mettre en place des systèmes ouverts où discussions, contraintes, gestes d’impression et interventions successives produisaient des résultats imprévisibles, différents d’une affiche ou d’un tirage à l’autre. Chaque nouveau passage dans la RISO venait transformer les surfaces déjà imprimées, créant des palimpsestes en évolution constante sur lesquels textes et dessins s’accumulaient et se réinterprétaient mutuellement. L’atelier a ainsi permis de faire émerger une résultat graphique en mouvement perpétuel, fondé sur l’intertextualité, la superposition et la transformation continue des contenus. Il faisait aussi dialoguer techniques d’impression artisanales, médiation collective et matérialité de la RISO dans une approche hybride, entre design graphique et pratique activiste.

Plusieurs mois ont passé, et cette rencontre continue de nourrir certaines réflexions au sein d’Hypercodex et de l’AGRAF, mais aussi dans certains travaux d’étudiant·es autour des pratiques collaboratives, des méthodologies situées et des formes de publication capables de rendre visibles des processus collectifs, fragiles ou contradictoires. 

L’événement a été organisé par Valerii Horomanschii et Amandine Alessandra, grâce au soutien moral, matériel et financier de l’AGRAF, d’Hypercodex, de l’École de design de l’UQAM et de la Faculté des arts de l’UQAM. Sa réalisation a également été rendue possible grâce à l’implication généreuse de nombreux bénévoles de l’AGRAF, que nous remercions chaleureusement pour leur aide précieuse avant, pendant et après l’événement. Smaranda Tolosano a créé le langage visuel riso et animé de l’évènement.