Réveiller les fantômes : une réactualisation des techniques traditionnelles

Dans le contexte du réaménagement de l’Atelier typographique du Musée de l’imprimerie du Québec à l’UQAM, Félix Richer-Beaulieu, assistant de recherche au sein du projet Hypercodex, a mené une exploration jumelant l’usage de la risographie à celui de la presse typographique.

Intitulé « Les fantômes du bureau de l’administration : un spécimen vernaculaire », le projet prend la forme d’un abécédaire créé à partir de l’assemblage de clichés de la collection de l’Atelier typographique.

Ayant eu l’idée de récupérer l’encre résiduelle issue du procédé de risographie à l’atelier Tao, Félix a réutilisé des pochoirs mis au rebut pour en tirer des impressions sur une presse typographique. Se trouvent ainsi réunies, au sein d’un même objet, des techniques appartenant à des temporalités et à des contextes différents.

Inspiré des principes de la typographie vernaculaire et de l’économie de moyens, le designer attire l’attention sur des éléments visuels nécessaires à une autre époque, mais depuis tombés dans la désuétude — par exemple, les stéréotypes liés à la facturation ou encore des logos d’entités aujourd’hui disparues.

Du point de vue graphique, la formation des 26 lettres de l’alphabet par la juxtaposition de ces formes hétéroclites sur la page donne à l’ouvrage une dimension ludique, accentuée par les couleurs vives de la risographie. Les jeux de superposition lors de l’impression mettent en valeur l’aspect décalé de ces artéfacts d’un autre temps, dans une démarche d’hybridité et de détournement.

Tout en proposant une réactualisation de techniques traditionnelles, le spécimen explore une forme de typographie contextuelle, où chaque lettre porte la trace de l’impression précédente. Si les imprévus et les « fantômes » font partie intégrante du processus de création lié à ces méthodes, ils confèrent ici un caractère vivant et contemporain à ces clichés qui, autrement, en raison de leur appartenance au monde de l’archive, auraient pu poursuivre longtemps leur sommeil dans les tiroirs de la collection.